Science21 juil. 2026

Comment mesurer la VO₂max

Votre VO₂max est l’un des meilleurs prédicteurs de votre longévité, et l’un des moins mesurés. La plupart des gens ne la font jamais tester, et beaucoup de ceux qui croient l’avoir fait lisent l’estimation d’un algorithme. Voici toutes les façons de la mesurer, de l’analyse des gaz en laboratoire au chiffre affiché à votre poignet, et exactement la confiance que chacune mérite.

How to Measure VO₂max

La VO₂max, ou consommation maximale d’oxygène, est la quantité maximale d’oxygène que votre corps peut absorber et utiliser lors d’un effort intense. C’est l’un des meilleurs prédicteurs de votre longévité, et l’un des moins mesurés. La plupart des gens ne la font jamais tester, et beaucoup de ceux qui croient l’avoir fait regardent une estimation à plusieurs degrés de la réalité.

Voici comment la VO₂max se mesure réellement, de l’analyse des gaz en laboratoire au chiffre affiché à votre poignet, et la confiance que mérite chaque méthode.

Pourquoi mesurer la VO₂max vaut la peine

L’American Heart Association a consacré une déclaration scientifique entière à l’idée que la condition cardiorespiratoire devrait être traitée comme un signe vital clinique, aux côtés de la tension artérielle et de la fréquence cardiaque. Sa conclusion était sans détour : la forme pourrait être un meilleur prédicteur de mortalité que le tabac, l’hypertension, un cholestérol élevé ou le diabète de type 2, et l’ajouter aux facteurs de risque classiques améliore réellement la précision du classement du risque (Ross et al., 2016).

L’ampleur de l’effet est facile à sous-estimer. Chez 1 080 adultes de 50 à 96 ans suivis dans la Baltimore Longitudinal Study of Aging, le risque de mortalité toutes causes confondues était 66 % plus faible dans le quartile supérieur de VO₂max mesurée que dans le plus bas, après ajustement (Schumacher et al., 2023). Ce mot, « mesurée », fait beaucoup de travail, et c’est pour cela que la méthode compte.

La référence : un test progressif avec analyse des gaz

La méthode de référence est l’épreuve d’effort cardiorespiratoire. Vous pédalez ou courez sur un tapis pendant que la charge augmente régulièrement, avec un masque qui mesure l’oxygène inspiré et le gaz carbonique expiré, souffle par souffle, jusqu’à ne plus pouvoir continuer. Votre VO₂max est le point où la consommation d’oxygène cesse d’augmenter alors que la charge continue de monter : un plateau.

Ce plateau est la seule preuve sans ambiguïté que vous avez atteint votre véritable maximum. La difficulté, c’est que les protocoles en rampe modernes, plus rapides et mieux adaptés à un usage clinique, échouent souvent à en produire un. Quand aucun plateau n’apparaît, les testeurs se replient sur des critères dits secondaires : un quotient respiratoire au-delà d’un certain seuil, un pourcentage de la fréquence cardiaque maximale prédite, une valeur de lactate sanguin. Ces seuils sont choisis de façon un peu arbitraire et sont souvent atteints bien en dessous de votre VO₂max réelle, ce qui peut donner ce qu’une revue a décrit comme une estimation grossièrement inexacte (Poole and Jones, 2017).

Cela compte surtout pour celles et ceux qui ont le plus besoin d’être testés. Un athlète entraîné poussera jusqu’à l’épuisement réel. Une personne peu habituée à l’effort dur, ou vivant avec une pathologie, s’arrêtera souvent avant sa physiologie, et le test enregistre alors sa tolérance à l’inconfort plutôt que son plafond aérobie (Schaun, 2017).

Le correctif que la plupart des laboratoires sautent encore : la phase de vérification

La solution est un second test court. Après un repos, vous réalisez un effort constant et très dur, à environ 110 % de la charge de pointe atteinte au premier test. Si votre consommation d’oxygène ne dépasse pas le premier résultat, c’est que le premier résultat était bon (Poole and Jones, 2017).

Une revue systématique de 43 études, dont 30 regroupées en méta-analyse, a constaté que la phase de vérification donnait pour l’essentiel la même moyenne de groupe que le test initial : une différence moyenne de −0,00 L/min (IC à 95 % : −0,03 à 0,03). Mais le tableau au niveau individuel était bien moins tranché : la part des participants qui enregistraient une valeur plus élevée en phase de vérification allait de 0 % à 88,9 % selon les études (Costa et al., 2024). Autrement dit, les moyennes de groupe sont fiables. Votre chiffre personnel un peu moins. Si vous payez un test en laboratoire, il vaut la peine de demander si une phase de vérification est incluse.

Les tests sous-maximaux à vélo : presque toute la précision, sans la souffrance

Vous n’avez pas besoin d’aller jusqu’à l’épuisement pour obtenir un chiffre défendable. Les tests sous-maximaux exploitent une relation fiable : à hausse de puissance donnée, la fréquence cardiaque d’une personne plus en forme monte moins. Mesurez la variation de votre fréquence cardiaque entre deux charges connues, tenez compte de l’âge et du sexe, et la VO₂max peut être estimée.

Le test Ekblom-Bak procède ainsi avec deux paliers de quatre minutes : l’un à 30 W standard, l’autre à une puissance plus élevée choisie individuellement. Dans sa validation d’origine, sur 143 adultes de 21 à 65 ans, de sédentaires à très actifs, la VO₂max estimée et mesurée corrélaient à r = 0,91, avec un coefficient de variation de 9,3 %. Le test d’Åstrand, bien plus ancien, mesuré chez les mêmes participants, ressortait à 18,1 % (Ekblom-Bak et al., 2014). Une équation révisée a encore amélioré ce résultat, à un coefficient de variation de 8,7 %, validé de 20 à 86 ans et sur des niveaux de forme de 19 à 76 ml/kg/min (Björkman et al., 2016).

Une erreur d’environ 9 % n’est pas une précision de laboratoire, mais c’est assez proche pour suivre un vrai changement, et cela demande huit minutes de vélo modéré plutôt qu’un effort maximal sous masque. C’est la méthode derrière le test de VO₂max de CAROL, qui utilise un échauffement de quatre minutes à 30 W suivi de quatre minutes à une puissance sous-maximale personnalisée.

Les tests de terrain : la course de 12 minutes et le bip test

Les tests de terrain ne demandent que de l’espace. La course de 12 minutes de Cooper vous note sur la distance parcourue ; le test navette de 20 mètres à paliers, le bip test, vous note sur le temps que vous tenez à mesure que les bips accélèrent.

Les deux sont très reproductibles. Sur 60 adultes réalisant trois essais de chacun, la fidélité était excellente (φ = 0,96). La validité était le point faible. Face à un test sur tapis avec analyse des gaz, la course de 12 minutes sous-estimait la VO₂max chez les participants moins en forme et la surestimait chez les plus en forme, une erreur qui change de sens selon votre niveau. Le test navette lisait bas dans l’ensemble, mais avec un biais constant selon les niveaux de forme, ce qui en fait sans doute le plus utile des deux (Penry et al., 2011).

Équations et objets connectés : l’estimation commode

À l’autre extrémité se trouvent les équations de prédiction sans exercice, qui estiment la VO₂max à partir de l’âge, du sexe, de la composition corporelle et de l’activité déclarée, sans aucun test. Évaluées face à des valeurs mesurées chez des adultes plus âgés, les équations publiées produisaient des erreurs quadratiques moyennes de 4,2 à 20,4 ml/kg/min. Les recalibrer a resserré ce résultat à 3,9–4,2, mais les valeurs prédites n’étaient plus robustes après ajustement sur les données démographiques de base, en grande partie parce que ce sont ces mêmes données qui généraient la prédiction (Schumacher et al., 2023). L’équation vous renvoie, dans une certaine mesure, votre âge.

Votre montre se situe dans un registre proche, en mêlant fréquence cardiaque et allure ou puissance dans une estimation algorithmique. Elle est utile pour le sens de l’évolution et peu fiable en valeur absolue. Nous avons traité la précision réelle des trackers d’activité pour la VO₂max à part.

Ce que signifie votre chiffre, une fois obtenu

Un chiffre de VO₂max ne veut rien dire sans point de référence. Le registre FRIEND en fournit un : 22 379 tests dans 34 laboratoires américains, de 20 à 89 ans, avec des percentiles par âge et par sexe. Sur six décennies, la médiane a baissé en moyenne de 13,5 % (4,0 ml/kg/min) par décennie sur tapis de course et de 16,4 % (4,3 ml/kg/min) à vélo (Kaminsky et al., 2022). Les valeurs à vélo sont plus basses que sur tapis pour une même personne : comparez donc ce qui est comparable et refaites le test sur le même matériel. Notre guide de la VO₂max par âge explique ce qui compte comme un bon score.

Ce déclin n’est pas figé. Chez des adultes auparavant sédentaires, le REHIT — reduced-exertion high-intensity interval training, construit autour de deux brefs sprints à fond montant jusqu’à 20 secondes chacun — a augmenté la VO₂max de 15 % chez les hommes et de 12 % chez les femmes, sur six semaines à trois séances par semaine (Metcalfe et al., 2012). C’est bien plus que l’équivalent d’une décennie de déclin habituel, récupéré en six semaines.

L’essentiel

Un test progressif avec analyse des gaz et une phase de vérification est le seul moyen de connaître votre VO₂max plutôt que de l’approcher, et cela vaut la peine d’être fait une fois si vous pouvez. À défaut, un test sous-maximal à vélo se situe à environ 9 % près et vous demande très peu : un bon compromis pour la plupart des gens, la plupart du temps. Les tests de terrain sont acceptables, mais dévient aux extrêmes de forme. Les équations et les estimations au poignet se lisent au mieux comme des tendances, pas comme des mesures.

Quelle que soit votre méthode, la discipline est la même : choisissez-en une, utilisez le même protocole et le même matériel chaque fois, et regardez le sens de l’évolution plutôt que la décimale. Le chiffre compte moins que de savoir s’il monte.

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